08.12.07
"Quand on était Gosses"
Il sortit précipitamment du métro. Il se dirigea vers l’abribus le plus proche,
histoire d’échapper un peu à la pluie. Ses Converses en toile étaient toutes
trempées, l’eau avait pénétré jusque dans ses chaussettes. Il se repéra rapidement sur la carte, puis
courut jusqu'à l’immeuble indiqué. C’était un vieil immeuble, comme on en fait
plus maintenant, le genre d’immeuble qui sent un peut le renfermé, mais qui est
très agréable à vivre. Il se dépêcha d’entrer dans le hall, frotta ses pieds
sur le paillasson. L’ascenseur était en panne, et il dut se résoudre à monter
les trois étages à pied. Il gravit les marches quatre à quatre. Enfin, il
arriva devant sa porte, il était presque essoufflé. Au moment de sonner, il
marqua un temps d’arrêt, et fit le point.
Comme il était heureux de la revoir ! 3 ans qu’ils ne
s’étaient pas vus. 3 ans… Depuis qu’elle était partie. Elle n’avait pas encore
17 ans, mais son bac en poche, elle avait prit sa liberté. Lui, à cette époque,
avait 18 ans, déjà. Quel choc il a eu quand il a apprit qu’elle était
partie ! Elle n’avait prévenu personne, en fait, mais lui avait pris ça
comme une injure. Etaient-ils meilleurs amis, presque frères et sœurs, ou ne
l’étaient-ils pas ? Merde, cette fille était une partie de sa vie !
Toujours est-il qu’elle était partie, point. Il avait réussi à récupérer son
adresse depuis un certain temps déjà, mais n’avais pas eu le courage d’aller la
voir.
Il tendit son bras vers le bouton, appuya. Quelques secondes – qui lui parurent durer une éternité – s’écoulèrent, puis la porte s’ouvrit enfin, dans un horrible grincement. Elle apparût enfin. Elle n’avait pas changé, elle était toujours aussi belle. Elle le reconnût instantanément. Elle sourit. Il sourit aussi.
Les nouveaux billets sont à la fin.
"Rock'n Roll à la main"
Il entra. Une douce odeur de cigarette flottait dans l’air. L’appartement était plutôt petit, il y avait juste le nécessaire : une chambre, une salle de bain, et une grande pièce à vivre. Il remarqua tout de suite le petit balcon. Ca lui tenait à cœur, le balcon, elle avait en avait toujours voulu un. Un balcon où elle pourrait se poser, fumer sa clope en regardant les gens passer ou bien en épiant les faits et gestes du (beau) voisin d’en face. Dans le salon, il y avait un canapé miteux, un grand placard, une petite table où était posé un ordinateur portable, et dans un coin, sa platine à vinyles. A peine distingués du salon par une cloison, une gazinière, une table et un frigo faisaient office de cuisine. Un petit couloir séparait l’entrée de la chambre et de la salle de bain. Il n’y avait qu’un grand lit et une armoire dans la chambre. La salle de bain se résumait à une douche, des toilettes et un lavabo. C’était peu, même pas assez en fait, mais depuis le collège elle avait cette vision des choses. Elle ne voulait pas d’une grande maison, juste d’un coin bien à elle, où elle pourrait être libre. Et elle l’était.
Elle. Depuis ces quelques années, elle n’avait pas beaucoup grandit, elle ne faisait pas plus d’un mètre soixante huit. Elle avait maigri, par contre, peut-être avait-elle perdu dix kilos. Elle avait toujours la même coupe, les cheveux mi longs, lisses, et une frange imposante qui venait cacher ses yeux, pourtant si beaux. La mode était revenue aux pantalons larges, mais elle n’abandonnait pas ses éternels jeans slims, ni ses étranges robes. Comme à son habitude, elle était très peu maquillée, et à peine coiffée. Des chaussures de toutes sortes trainaient dans l’appartement : des baskets, escarpins, ballerines… des bottes, surtout, elle aimait beaucoup ça. Et bien sur, ses chapeaux, qu’elle ne quittait plus depuis le collège. Elle s’intéressait beaucoup à la mode, mais n’avais jamais vraiment suivi les tendances, elle avait son style à elle, c’est ce qui faisait son originalité, et son succès auprès des gens, certainement. Elle avait un corps et un visage assez ordinaires, mais était très jolie. Elle avait toujours la tête haute, c’était une petite princesse. Arrogante, rien que dans sa façon d’être. Sublime.
"Coffee And Cigarettes"
Elle lui servit un café. Elle en prit un pour elle, aussi. Un café serré, sans sucre, sans lait. Elle trouvait le goût atroce, bien trop amer, mais efficace. Le café la remettait toujours sur pied. Elle mit un vieux vinyle des Beatles qu’elle tenait de sa grand-mère. Il regardait fixement le liquide noir, tenant la tasse à deux mains, il était nerveux. Le silence qui s’était installé devenait pensant. Il respira à fond, et dit :
« Putain, tu le sais que tu m’as fais flipper ? »
Elle ne répondit pas. Elle se resservit du café, alluma une cigarette en tremblant. Il leva la tête, la regarda dans les yeux. Ils étaient tout rouges. Elle se retenait de pleurer, il le voyait… Elle baissa la tête et murmura : « Je sais… » Elle tira sur sa clope, leva la tête et expulsa la fumée en passant une main dans ses cheveux. Elle tremblait toujours. Des cendres tombèrent sur la table. Il but une gorgée de son café qui commençait à refroidir. Il mit sa main dans la poche arrière de son jean, et en ressortit du papier froissé. Il le déplia, et lui tendit. Elle ricana « T’inquiètes, j’m’en souviens, c’est moi qui l’ai écrite. » Une lettre. La lettre. Celle qu’elle lui avait laissée, celle qui expliquait les raisons de son départ, celle qui lui disait de ne pas s’inquiéter, que tout irait bien. Celle qui le consolait. Celle qu’il relisait presque tous les jours. Il la replia, la remit dans sa poche. Un petit bruit vint couper le silence et les fit sursauter, la chanson était terminée. Elle se leva, remit délicatement le vinyle dans sa pochette, et rangea le tout dans un tiroir.
C’était étrange, comme situation. Ils avaient tellement de
choses à se dire, et pourtant, aucun d’eux ne parlait, comme si une sorte de
pudeur, de timidité s’était installée entre eux. Il se rappela subitement où il
était, et lança à tout hasard
« Et Paris, c’est comment, en vrai ? »
"Vagabond"
Elle ne répondit pas tout de suite. Paris, en vrai, c’était avant tout un rêve d’ado qui était devenu réalité ; Paris, ça l’attirait énormément, quand elle n’y était pas encore. Et puis, ça c’était transformé en une banalité, même si cela restait une ville magique. D’abord, elle trouvait les Parisiens trop stressés, toujours en train de courir. Ils n’étaient pas très polis non plus, en général. Mais, elle s’y était habituée, et elle s’en fichait. Puis elle s’était trouvé une bande de potes, avec qui elle écumait les bars, traînait dans les concerts et s’éclatait bien. Elle connaissait ‘du monde’, aussi. C’est-a-dire, des musiciens, mais pas du genre à jouer dans le métro. Non, eux ils étaient déjà signés, avaient quelques albums au compteur. Ils étaient les rois de Paris la nuit. La hype. Et désormais, elle en faisait partie.
« C’est cool. »
-Juste cool ?
-Ouais… C’est marrant, et y’a toujours un truc à faire. Les gens sont sympas, et tout. C’est cool. Tu restes jusqu'à quand?
Enfin, une conversation prenait forme.
« Je sais pas. J’ai pas d’hôtel, j’ai pas de billet pour rentrer. J’verrais. »
-T’es con, reste chez moi. Le temps que tu veux, j’m’en fous, j’suis contente que tu sois là.
-Une semaine ?
-Deux. S’il te plaît.
09.12.07
"Alabama Song"
Il n’en revenait pas. Il allait passer deux semaines avec elle, à Paris. Il pourrait enfin voir à quoi ressemblait sa nouvelle vie, ses nouveaux amis. Il avait hâte, mais peur. Peur de se rendre compte qu’elle avait changé, peur qu’elle l’oublie une fois qu’il serait reparti, peur qu’elle l’abandonne au profit de sa nouvelle bande… Comme il allait sécher les cours pour rester ici, il avait bien sur peur de la réaction des professeurs. Mais après tout, ce n’était pas en manquant deux petites semaines qu’il allait foutre sa vie en l’air.
Ils étaient de plus en plus à l’aise. Ils parlaient plus librement, déjà. Elle lui demanda comment les autres allaient. Il lui répondit qu’a par l’un d’eux, qui s’était suicidé, tous allaient bien. Elle leur manquait. Ils lui manquaient. Il osa enfin lui demander pourquoi elle n’était pas revenu, n’avait pas appelé, pas écrit. Il lui reprocha de n’avoir mis personne au courant, d’avoir fait flipper tout le monde. Elle baissa la tête, et dit qu’elle avait trop peur, qu’elle était lâche, qu’elle s’excusait. Il la crût, la pardonna. Elle ajouta que ses parents étaient les seuls au courant, mais qu’elle leur avait fait jurer de ne rien dire. Son petit frère, aussi. C’était lui d’ailleurs, qui avait fini par vendre la mèche.
« On est samedi non ? »
-Si… Pourquoi ?
-Attend, je reviens.
Elle alla chercher son portable, envoya un ou deux SMS, puis alluma son ordinateur, répondit à quelques mails, puis déclara le sourire aux lèvres : « Fiesta dans l’immeuble d’en face, ce soir. »
12.12.07
"You'll never Be Alone"
« Oh, amuse-toi bien. »
Elle rit.
« Mais tu viens hein ! T’es pas la pour squatter mon appart’. T’as peur ? »
-Moi, avoir peur d’une fête ? T’as oublié qui j’étais ou quoi ?
Non elle n’avait pas oublié. On ne peut pas oublier un type comme lui. Incapable de terminer une soirée sobre. Le plus fêtard à des kilomètres à la ronde. Un sacré junkie, aussi… Mais même défoncé il était beau, c’est pour ça que tout le monde lui tournait autour. Aucune fille ne lui résistait. Il était sûr de lui, même un peu trop. Alors il est tombé de haut quand elle lui avait rit au nez, le soir où il la voulait. Et elle n’avait jamais cédé. De là doit venir le fait qu’ils soient si proches, comme de la même famille. Et quand il retentait, elle répétait toujours la même chose : « Les frères et sœurs ne copulent pas, si ? » Alors il se vexait, lui tournait le dos, puis elle lui collait un bisou sur la joue avant de repartir, et tout redevenait normal. C’était un truc de gamin, mais c’était leur truc à eux.
« La fête commence dans deux heures. Soit prêt, où je pars sans toi. Je te présenterais quelques personnes, tu devrais aimer. Et après, tu te démerde… T’as l’habitude de toute façon. »
I'm writting the next episode.
"Electrique"
Ils entrèrent dans l’appartement. Elle connaissait vaguement le type qui donnait cette fête, et elle connaissait vaguement tous ceux présents. Elle entra la première dans la pièce, s’arrêta devant la porte le temps d’allumer une cigarette, puis s’avança. Tous les regards se tournèrent vers elle. Elle fit la bise aux trois quarts des personnes, on la complimenta sur sa tenue, pourtant pas extraordinaire – un jean et des escarpins, et son chapeau, pour résumer – puis elle le présenta à tout le monde. Les filles levèrent les yeux vers lui, puis ne pouvaient plus détacher leur regard. Ce mec, il était magique.
Elle le prit par l’épaule, l’emmena vers le bar. Ils commencèrent à boire, et au bout de quelques verres, se séparèrent. Au bout d’un moment, elle ne le voyait plus. Elle le trouva enfin, il avait entreprit une blonde dans la cuisine. Elle s’éclipsa dans la pièce voisine avec un type louche, apparemment le dealer de la soirée. Elle s’assit, prit quelque chose dans la main de l’autre. Elle se marra, secoua ses cheveux, tira une dernière fois sur sa clope avant de l’éteindre sur un mur. Une aiguille s’enfonça dans son bras. Le reste, elle ne s’en souviens plus.
13.12.07
"Cocaine"
Elle dormit toute la journée le lendemain, et lui aussi. Puis vint le début de la semaine, et son lot de joyeusetés. Elle allait en cours pendant que lui rattrapait les siens tants bien que mal par e-mail, et une fois tous les deux soirs, ils faisaient le tour des bars, ou bien se bourraient la gueule chez n’importe qui. Ils vivaient à deux cent à l’heure, comme pour rattraper, oublier le temps perdu. Il s’habitua rapidement à ce nouveau mode de vie, qui ne le changeait pas tant que cela de son ancien. Les soirées étaient simplement plus intenses, les rencontres se faisaient plus rapidement, les fêtes étaient plus régulières… C’était assez routinier, finalement. Presque plus drôle. Aussi, on dépensait beaucoup plus d’argent ici, et rapidement, il avait liquidé tout ce qu’il avait sur lui.
Au bout d’une semaine et demie passé avec elle, il prit peur. Il se rendit compte qu’elle s’amusait ici, et que peut-être elle ne reviendrait pas. Jamais. Elle promit qu’elle reviendrait à Noël, qu’elle passerait Nouvel An avec eux, quitte a rater la plus grosse fête de l’année. Il était rassuré, et il oublia qu’il lui en voulait. Pourquoi lui en voulait-il, déjà… ? Pour tout. Pour être partie, premièrement. Et puis, il lui en voulait d’être elle. Il se trouvait bête de penser ça, mais… parfois il la haïssait. Il l’aimait tellement qu’il la détestait. Elle l’agaçait, et parfois il avait envie de la foutre en l’air. Mais il n’y arrivait pas, c’était impossible. Elle, c’était une magicienne. Le genre de fille qui a le pouvoir, qui peut te prendre ou te jeter comme elle veut. Mais elle le faisait pas, parce qu’elle était gentille. Pas sympa, gentille, vraiment. Peut-être un peu naïve, aussi, bon. Elle avait beau avoir fait les quatre cents coups, elle paraissait fraîche et innocente, comme une petite fille. C’était bizarre, ce contraste.
14.12.07
"Le prix à payer"
Il repartait le lendemain. Alors pour son départ, elle avait
organisé une grande fête chez elle. Tout était parfait : la musique était
bonne, les filles jolies, l’alcool coulait à flots, et toutes sortes de drogues
circulaient. C’était une fête comme il les aimait. La soirée se passait bien,
les gens s’éclataient, lui aussi. Mais vers une heure du matin, les flics
débarquèrent. Les voisins avaient appelé la police, pour tapage nocturne. Elle
alla ouvrir, elle était encore à peu près sobre. Quand elle les vits, elle eu
un choc, elle se figea, resta bouche bée. Comme dans les films, son verre tomba
par terre, la musique s’arrêta. Ils entrèrent, sentirent immédiatement l’odeur
de beu. Ils sortirent ceux qui fumaient, fouillèrent tout le monde, trouvèrent
des quantités inimaginables de drogues. Elle ne dit pas un mot, elle avait trop
peur… La fête était chez elle, elle serait désignée comme responsable, irait en
prison… Quand les flics firent monter des mecs dans la camionnette, des larmes
se mirent à couler sur son visage. Ils demandèrent qui était le responsable.
Son bras bougea lentement, pour se lever, elle murmura « Moi… » Ils s’avancèrent
vers elle. A ce moment, un type que personne n’avait vu de la soirée, complètement bourré, mit un coup de poing au
flic, et gueula « Enculé, touche pas à la p’tite, c’est moi qui ai organisé ça ! »
Elle se retourna vers lui, ne le reconnut pas tout de suite… Mais Bordel, c’était Lui…
Episode court, je sais :) J'suis un peu coincée là, je suis moi-même en suspense --'
"Love With"
« Jake.. ? T’es fou, tu fais quoi ? » Il ignora sa remarque. Un policier le poussa dans le véhicule. Il la regarda, lui sourit tristement, puis la camionnette démarra.
Elle fondit en larme dans les bras d’Adrien. Lui il ne comprenait pas, il ne savait pas qui était ce Jake, d’où elle le connaissait, ce qu’il faisait là… Elle n’arrivait plus à parler, elle sanglotait. Elle était secouée de spasmes réguliers, entre lesquels elle répétait son nom. Il pria tout le monde de rentrer chez soi, et au bout d’une demi-heure, il n’y avait plus personne dans l’appartement. Elle avait arrêté de pleurer, ne bougeait plus. Ses yeux étaient vides, on l’aurait dit dénuée de vie. Il lui fit un café, lui apporta une couverture. Elle s’enveloppa dedans, but une gorgée du café, et lui demanda à ce qu’il lui passe ses cigarettes. Elle en fuma une, puis deux, puis but encore un peu de café. Elle remua, puis dit timidement :
« Peut-être… peut-être que tu pourrais rester deux jours de plus ? Ou une semaine, si tu veux ! »
Il s’empressa d’accepter, même si il aurait plus de mal encore à rattraper ses cours. Elle le remercia, posa sa tête sur ses genoux, et s’endormit…
Je commence à mettre des prénoms, sinon on va plus rien comprendre (moi même j'ai du mal). Jake est donc celui qui "sauve" l'héroine, et Adrien, le monsieur qu'on suit depuis le début :)